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Sportif · 06/10/2026

Bien soigner sa « tendinite » : comprendre et traiter la tendinopathie

Bien soigner sa « tendinite » : comprendre et traiter la tendinopathie

La « tendinite » est un terme très courant. On l'utilise pour parler d'une douleur au niveau d'un tendon, que ce soit au niveau du tendon d'Achille, du coude, de l'épaule, du genou ou encore du poignet.

Pourtant, le terme tendinopathie est aujourd'hui privilégié par la communauté scientifique. Pourquoi ? Parce qu'une douleur tendineuse ne correspond pas nécessairement à une inflammation du tendon.

Comprendre cette différence permet aussi de mieux comprendre pourquoi le traitement d'une tendinopathie ne consiste pas simplement à « mettre le tendon au repos ».

Tendinite ou tendinopathie : quelle différence ?

Un tendon est une structure qui relie un muscle à un os. Il transmet les forces produites par le muscle et participe ainsi au mouvement.

Le terme tendinite signifie littéralement « inflammation du tendon ». Pourtant, dans de nombreuses douleurs tendineuses persistantes, l'inflammation classique n'est pas le principal mécanisme observé.

Le terme tendinopathie est donc plus large. Il désigne un problème tendineux associé à des symptômes tels que la douleur, la diminution des capacités fonctionnelles et parfois des modifications de la structure du tendon.

Le consensus international ICON 2019 recommande d'utiliser « tendinopathie » comme terme clinique pour décrire ce type de situation.

Les travaux sur les tendinopathies d'Achille ont notamment montré que les termes « tendinite », « tendinose » ou « péritendinite » ne permettent pas toujours de décrire correctement la réalité clinique et histologique.

Ainsi, une douleur au niveau d'un tendon ne signifie pas nécessairement qu'il faut lutter contre une inflammation.

Pourquoi une tendinopathie apparaît-elle ?

Les tendons sont capables de s'adapter aux contraintes mécaniques qui leur sont imposées.

Une augmentation importante ou trop rapide de la charge peut cependant dépasser temporairement la capacité d'adaptation du tendon.

Cela peut notamment se produire lorsqu'une personne :

  • augmente brutalement son volume d'entraînement ;
  • reprend le sport après une période d'arrêt ;
  • modifie son activité physique ;
  • augmente l'intensité ou la fréquence des séances ;
  • répète de manière importante certains mouvements ;
  • change de matériel ou de surface d'entraînement.

La tendinopathie est donc souvent liée à une inadéquation entre la charge imposée au tendon et sa capacité actuelle à la supporter.

Cela ne signifie pas pour autant que le tendon est « usé » ou qu'il faut éviter définitivement les contraintes.

Au contraire, le tendon a besoin de charges adaptées pour retrouver progressivement sa capacité fonctionnelle.

Faut-il mettre le tendon complètement au repos ?

C'est probablement l'une des idées reçues les plus importantes à corriger.

Lorsqu'un tendon fait mal, réduire temporairement certaines activités peut être nécessaire. Mais un repos complet et prolongé n'est généralement pas l'objectif de la rééducation.

Le traitement moderne des tendinopathies repose largement sur une reprise progressive des contraintes mécaniques.

Une revue systématique portant sur les tendinopathies des membres inférieurs montre que les programmes d'exercices progressifs constituent l'une des principales stratégies utilisées dans les études, même si les critères précis permettant de faire progresser la charge restent encore discutés.

Une méta-analyse regroupant 110 études et près de 4 000 participants a également montré que les exercices de résistance constituent une intervention importante dans la prise en charge des tendinopathies, notamment pour les tendons de la coiffe des rotateurs, d'Achille, rotulien, du coude et des fessiers.

Le principe essentiel : adapter la charge

La rééducation d'une tendinopathie repose donc généralement sur un principe simple : exposer progressivement le tendon à des contraintes qu'il est capable de tolérer.

L'objectif est de trouver un équilibre entre une charge suffisamment importante pour stimuler l'adaptation et une charge qui ne provoque pas une aggravation durable des symptômes.

La progression peut concerner :

  • le nombre de répétitions ;
  • la résistance ;
  • la vitesse du mouvement ;
  • l'amplitude ;
  • la fréquence des séances ;
  • puis progressivement les contraintes spécifiques au sport ou à l'activité professionnelle.

Il n'existe toutefois pas une méthode unique valable pour toutes les tendinopathies.

Les recherches sur les tendons d'Achille et rotulien montrent notamment que différents programmes de renforcement peuvent être efficaces et qu'il n'est pas nécessaire de considérer les exercices excentriques comme la seule méthode valable.

Et les exercices excentriques ?

Les exercices excentriques ont longtemps été considérés comme le traitement de référence de nombreuses tendinopathies.

Ils restent intéressants, mais la littérature scientifique montre aujourd'hui que d'autres formes de renforcement peuvent également être efficaces.

Pour les tendinopathies d'Achille et rotuliennes, une revue systématique comparant différentes stratégies de charge n'a pas retrouvé de supériorité systématique d'un type d'exercice sur les autres. Les auteurs soulignent notamment l'intérêt des exercices combinant les contractions concentriques et excentriques ainsi que du renforcement à charge élevée et vitesse lente.

Le choix des exercices doit donc être individualisé en fonction du tendon concerné, du niveau de douleur, des capacités du patient et de ses objectifs.

Peut-on continuer à faire du sport ?

Dans de nombreux cas, oui, mais en adaptant temporairement la charge.

Arrêter complètement toute activité n'est pas nécessairement la meilleure solution. L'objectif est plutôt d'identifier les activités qui déclenchent ou majorent les symptômes et de les modifier temporairement.

Par exemple, un coureur souffrant d'une tendinopathie d'Achille pourra parfois réduire son volume de course, espacer certaines séances ou diminuer temporairement l'intensité tout en poursuivant un programme de renforcement.

La reprise du sport doit ensuite être progressive.

Le principe est de ne pas seulement attendre que la douleur disparaisse : il faut également restaurer progressivement la capacité du tendon à supporter les contraintes nécessaires à l'activité souhaitée.

Quel rôle pour l'ostéopathie ?

L'ostéopathie peut trouver une place complémentaire dans la prise en charge d'une tendinopathie.

L'objectif n'est pas de « remettre le tendon en place », ni de prétendre corriger directement une lésion tendineuse.

La consultation peut notamment permettre d'évaluer les contraintes mécaniques associées à l'activité du patient : mobilité articulaire, fonctionnement musculaire, mouvements répétitifs, contraintes liées à certaines postures ou encore facteurs pouvant influencer la répartition des charges.

Des techniques manuelles peuvent être utilisées lorsque cela est pertinent pour améliorer certains symptômes ou la mobilité.

Mais il est important de rester clair sur un point : le traitement d'une tendinopathie ne repose pas uniquement sur les techniques manuelles.

Les données scientifiques soutiennent surtout l'intérêt d'une rééducation active reposant sur le renforcement et la progression des charges. Une revue récente consacrée aux tendinopathies d'Achille et rotulienne retrouve notamment les meilleures données en faveur de la rééducation par exercices et de la progression des charges.

L'ostéopathie peut donc s'intégrer dans une prise en charge globale, notamment lorsqu'elle accompagne une démarche active de réadaptation.

Combien de temps faut-il pour guérir ?

Une tendinopathie ne disparaît pas nécessairement en quelques jours.

Le délai d'évolution dépend notamment du tendon concerné, de l'ancienneté des symptômes, de la charge quotidienne et sportive, de la capacité physique du patient et de la progression de la rééducation.

Il est également important de ne pas se focaliser uniquement sur l'imagerie.

Les modifications observées à l'échographie ou à l'IRM ne correspondent pas toujours à l'intensité des symptômes. Une revue systématique portant sur les tendinopathies d'Achille et rotulienne montre notamment que les améliorations cliniques après exercices ne sont pas systématiquement accompagnées de modifications identiques à l'imagerie.

L'objectif du traitement est donc avant tout de retrouver une fonction satisfaisante et une capacité à reprendre progressivement ses activités.

Quand consulter ?

Une douleur tendineuse qui apparaît après une augmentation d'activité et qui persiste malgré l'adaptation de la charge mérite une évaluation.

Une consultation peut permettre de préciser le diagnostic et d'identifier les facteurs susceptibles d'entretenir les symptômes.

Une prise en charge médicale ou spécialisée est particulièrement importante lorsque :

  • la douleur est apparue brutalement ;
  • il existe une perte importante de force ;
  • un claquement ou une sensation de rupture est survenu ;
  • un gonflement important apparaît ;
  • la douleur persiste ou s'aggrave malgré l'adaptation de l'activité ;
  • les symptômes empêchent les activités quotidiennes ou sportives.

Une rupture tendineuse est une situation différente d'une tendinopathie et nécessite une évaluation médicale.

Les erreurs à éviter

Arrêter complètement toute activité pendant plusieurs semaines

La diminution temporaire de certaines contraintes peut être nécessaire, mais le tendon doit généralement retrouver progressivement une capacité à supporter les charges.

Reprendre immédiatement au même niveau

Une diminution de la douleur ne signifie pas forcément que le tendon a retrouvé sa capacité maximale.

La reprise doit être progressive.

Croire qu'un seul type d'exercice fonctionne pour toutes les tendinopathies

Le tendon d'Achille, le tendon rotulien, les tendons de l'épaule ou ceux du coude ne répondent pas nécessairement de la même manière.

Se fier uniquement à l'imagerie

Une anomalie structurelle n'est pas synonyme de douleur et son évolution ne reflète pas nécessairement l'évolution clinique.

Chercher uniquement à faire disparaître la douleur

La diminution de la douleur est importante, mais la récupération de la force, de la capacité du tendon et de la fonction est également essentielle.

À retenir

Le terme « tendinite » est largement utilisé, mais « tendinopathie » est aujourd'hui plus approprié pour désigner les douleurs et dysfonctionnements tendineux, car l'inflammation n'est pas nécessairement le mécanisme principal.

Une tendinopathie apparaît souvent lorsque les contraintes imposées au tendon dépassent temporairement sa capacité d'adaptation.

La prise en charge repose principalement sur une adaptation de la charge et une reprise progressive du renforcement.

L'objectif n'est donc pas simplement de mettre le tendon au repos, mais de lui permettre de retrouver progressivement sa capacité à supporter les contraintes de la vie quotidienne, du travail ou du sport.

L'ostéopathie peut éventuellement intervenir en complément d'une prise en charge active, notamment pour accompagner certains facteurs musculo-squelettiques et fonctionnels associés à la douleur.

Bien soigner une tendinopathie, c'est donc moins « mettre le tendon au repos » que lui redonner progressivement la capacité de faire ce qu'on lui demande.

Sources scientifiques

  • Scott A, et al. ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus: Clinical Terminology. British Journal of Sports Medicine, 2020.
  • van Dijk CN, et al. Terminology for Achilles tendon related disorders. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 2011.
  • Malliaras P, Barton CJ, Reeves ND, Langberg H. Achilles and patellar tendinopathy loading programmes: a systematic review comparing clinical outcomes and identifying potential mechanisms for effectiveness. Sports Medicine, 2013.
  • Millar NL, et al. Current understanding of the diagnosis and management of tendinopathy: an update from the lab to the clinical practice. 2021.
  • Lim HY, et al. Effect of resistance exercise dose components for tendinopathy management: a systematic review with meta-analysis. 2023.
  • Systematic review and meta-analysis of exercise loading protocols for midportion Achilles tendinopathy. 2023.
  • Management of patellar tendinopathy through monitoring, load control, and therapeutic exercise: a systematic review. 2022.
  • UK Defence Rehabilitation Review: Achilles and patellar tendinopathy conservative